94 - Les rois de la route

Publié le par Kinou


Dans notre grande série « Lagaffe au Maroc », aujourd’hui, les affres de la conduite automobile dans ce pays où règne dans ce domaine la technique bien rodée du « pousse-toi de là que je m’y mette », comme auront pu le constater ceux qui ont déjà eu le bonheur de séjourner à Marrakech ou d’autres villes quelque peu urbanisées…

Hors donc, il nous est arrivé, à Fati et moi, la chtite aventure qui suit, alors que j’étais sur place depuis seulement 2 jours, je crois bien. J’étais pourtant très prudent, d’abord parce que j’étais renseigné sur la conduite à la marocaine, que j’avais eu le privilège de tester lors de mon premier jour sur le sol marocain, après avoir pris possession de ma C3 de location à l’aéroport, usant mon temps et mes nerfs dans la circulation de Marrakech pour prendre tant bien que mal la direction d’Essaouria !

            Nous avons donc décidé ce jour-là de faire un tour à la Scala, sur les remparts, le port, enfin ce qu’il faut voir quand on est à Essaouira, quoi… Plutôt que de laisser la voiture sur le boulevard, histoire de juste marcher 200 mètres, c’est pas la mort du petit cheval, on préfère aller au plus près et trouver une place de parking sur le port, suivant les indications de Fati qui connaît le coin. Jusqu’ici j’ai tout bon… Malheureusement, il se trouve qu’une fois à l’entrée, on ne peut pas entrer, pour une raison que j’ai déjà oublié ! Me voilà en train de faire un demi tour en règle sur la chaussée, tranquillement, je recule je recule, comment voulez-vous… que je vois ce pauvre taxi derrière moi, avec sa Palio bleu Mogador, soi-disant accroché à son klaxon (que je ne me souviens pas avoir entendu). S’ensuit un léger choc, puisque j’étais vraiment à faible vitesse, mais suffisant pour me rendre compte de ce qui venait de se passer. Je sors de ma voiture et là, vision d’horreur, je découvre dans un premier temps l’avant gauche de la Palio, quelque peu explosé ! Du coup, ma première pensée est pour ma pauvre carte bleue, je vois la franchise, la caution, les frais, etc… Et mon retour au pays comme clandestin dans les soutes d’un cargo faute d’avoir pu me payer mon billet retour… (Je plaisante à peine). Et puis il faut bien assumer, alors je me résous à jeter un œil déjà larmoyant sur l’arrière de mon véhicule, et là, rien ! Pas ça ! A peine si on distingue un mignon filet de peinture bleue sur le pare choc en PVC, trop facile à nettoyer ! Moi et ma carte bleue reprenons nos couleurs.

            Le chauffeur du taxi est quelque peu, comment dire… désappointé, il essaie de sortir, mais doit renoncer au côté conducteur, la portière étant bloquée par le recul de l’aile avant… Nous sommes là tous les trois, comme des cloches devant ce tableau, le taxi, simple salarié, se fait du souci, et moi aussi du coup. Il y avait bien sûr un agent de la force publique sur place, puisqu’il y en a un tous les 10 mètres. Il nous demande de dégager, et explique à Fati que dans la mesure où il n’y a que des dégâts matériels, et que ma pomme a tous les torts, n’est-ce pas, nous sommes priés d’aller régler ce litige ailleurs qu’au beau milieu de la chaussée. Le chauffeur parle 3 mots de français, suit donc une discussion entre lui et Fati en arabe pour savoir comment s’en sortir au mieux des intérêts de tout le monde. Il est donc décidé la chose suivante : on l’accompagne chez un garagiste pour chiffrer les réparations dans un premier temps. Ce qui est fait. Je vous vois venir, j’y ai pensé aussi : il va me conduire chez son pote ou son cousin qui va se faire un plaisir de m’allumer comme il se doit. Mais franchement, qu’est-ce que j’avais comme autre choix ? On le suit à distance dans les petites rues d’Essaouira, et je me dit que si je le plante là et que je file, il lui reste ses yeux pour pleurer. Mais je suis un honnête garçon, voilà mon drame… On arrive dans l’ancien quartier industriel désaffecté, pas loin des tanneurs, par des sentiers terreux cabossés à la limite du praticable, avec un jus infâme qui ruisselle partout, une odeur à vomir, je vous jure que c’est hallucinant de crasse et de misère, c’est probablement un endroit où les touristes ne mettent jamais les pieds, et c’est dommage, ça leur rendrait le sens des réalités. On s’arrête chez un mécano, enfin il paraît que s’en est un… Tout le monde descend, nouveaux palabres entre Fati, le mécano, le chauffeur, et moi qui regarde tout ça d’un air déjà résigné. Bilan de l’affaire : 300 dirhams de réparation, à condition de fournir les pièces, à savoir un phare et un pare-choc complet. On prend le chauffeur avec nous dans la voiture, on laisse la sienne au « garage », et on file chez un fournisseur de pièces. C’est incroyable, en France, pour avoir une pièce détachée auto, même chez un concessionnaire, en dehors d’un balai d’essuie-glace, il faut passer commande un mois avant, et téléphoner tous les jours à partir de 2 semaines de retard de livraison. Là, pas de problème de stock, tout est là, quelque part dans la pile de carton et de morceaux de voitures, que du neuf, emballé, je sais pas comment il fait, le gus, pour trouver la bonne pièce dans un pareil fatras, mais il nous sort un phare et un immense pare-choc, voilà m’sieurs-dames, ça nous fait 400 dirhams… J’écrase une larme, je paye, et voilà notre homme parti avec son phare et son pare-choc à la main, après s’être confondu en regrets. On remonte en voiture, Fati et moi, je redémarre, et le voyant avec son pare-choc sous le bras, je fais malgré tout signe à notre homme de monter, on va le déposer, quand même (un honnête garçon, je vous ai dit !). Donc, voilà le déroulement de l’histoire, je précise que notre balade a été remise au lendemain (sic). Maintenant, ça me fait plutôt marrer, mais sur le moment, ça m’a rendu quelque peu chafouin !

            C’est une péripétie qui m’a coûté le prix d’une belle soirée avec ma princesse au Patio (un bon resto d’Essaouira, tenu par une française, mais c’est pas rédhibitoire, je vous le conseille quand même !) : Le patio d'Essaouira

Publié dans Nos rendez-vous

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