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Essaouira              Marrakech                  Safi                   Ouarzazate

TEXTE DU JOUR



Le bonheur ne s'écrit pas, il est comme les étoiles filantes :
celui qui ne le voit pas ne le verra jamais.


Hafid Aggoune



Jeudi 18 janvier 2007


Vu ce week-end sur la chaine Escales : 3 jours à Essaouira avec Louis Bertignac, que je ne présente pas, ou alors c'est à désespérer ! Louis Bertignac qui est un amateur très éclairé de musique Gnaoua, connait bien Essaouira pour y venir très régulièrement, même en dehors du festival.

Prochaines diffusions de l'émission "comme dans la chanson" ( 30 mn ) sur Escales : vendredi 19 janvier 18h30, dimanche 21 janvier 10h00, lundi 22 janvier 18h30...

 


 

 



La fille d'Essaouira, extrait de l'album " Elle et Louis ", sorti en 1993

 

 Retour en arrière :

Louis Bertignac naît le 23 février 1954 à Oran. Les disques sont tout de suite dans sa vie puisque son père gère une bonne partie des juke-boxes dont commence à s'équiper la ville : « Je récupérais sans arrêt des disques, se souvient Louis, rêveur. Ils étaient plus ou moins rayés, mais le bras de mon tourne-disques était si lourd que ça compensait! » En 1957, trois ans après le début de la guerre d'Algérie, la famille Bertignac quitte le pays : « Mes parents avaient connu 39-45 : ils n'aimaient pas les bombes. Et puis, comme toutes les familles juives, nous avons eu des gens en camp de concentration. Alors, nous n'avons pas attendu. »
Louis touche sa première guitare, classique, à onze ans. Côté école, ça marche plutôt bien. Côté foot aussi, d'ailleurs. C'est vers quinze ans que Louis tombe amoureux de deux disques des Rolling Stones, Beggar's banquet et Let it bleed. À partir de 1969, au lycée Carnot, dans le XVIIe arrondissement de Paris, Louis mène de front études et musique amateur. Les premières le mèneront à un bac biologie. La seconde lui permet, entre 1970 et 1971, de rencontrer Corinne Marienneau, Richard Kolinka et Jean-Louis Aubert, tous ses futurs acolytes de Téléphone. Mais la route Bertignac passera d'abord par chez Higelin, qui vient de sortir le superbe BBH 75. Louis joue sur toute la tournée qui suit et enchaîne, en août 1975, avec l'enregistrement de Irradié. Sur ce disque de Jacques Higelin, Bertignac ose ses deux premières compositions, les très électriques Le courage de vivre et Un oeil sur la bagarre.
Un jour de 1976, Jean-Louis Aubert rappelle ses amis pour quelques concerts : la saga de Téléphone, le plus grand groupe de rock français est commencée. Elle ne s'achèvera qu'en 1986, au bout de dix ans. Une immense satisfaction saisit toute une génération à l'écoute de Anna, premier titre du premier album, en 1977. Suivront Hygiaphone, Crache ton venin, Cendrillon, Argent trop cher, Mais les routes se séparent. Celle de Corinne et de Louis les amène à former Les Visiteurs, de 1987 à 1990.
Louis décide ensuite de jouer solo : Elle et Louis (1993) et '96 (sur des textes d'Étienne Roda-Gil). Neuf ans après, c'est Carla Bruni qui écrit pour lui un album particulièrement énergique : Je joue, ode au métier de musicien aux très belles rythmique et mélodie, et La Saga des gnous (texte, cette fois, de Bernard Werber, celui des Fourmis), hommage apparemment absurde à la liberté, avec de beaux morceaux de rythmiques gnaoua. Deux blues chatouillent encore l'oreille : J'ai pas l'temps, acoustique et parlant d'amours troublées avec une cruauté délicieuse, et Rendez-vous là-haut, où l'on sent l'influence de Hendrix et celle de Led Zeppelin. Sur la pochette du CD, Louis Bertignac apparaît tel qu'en lui-même aujourd'hui, cheveux et barbe poivre et sel. Dans quelques-uns de ses morceaux transparaît comme une inquiétude du vieillissement. Mais Eric Clapton et quelques autres nous le prouvent : la guitare conserve sacrément bien.

 


 

INTERVIEW DU GUITARISTE BERTIGNAC

Parole d'un fidèle

L'ancien guitariste du groupe rock Téléphone vient régulièrement jouer au Festival Gnaoua d'Essaouira. Flash back sur une passion durable.

- RFI Musique : Selon vous, en quoi le festival d'Essaouira se distingue des autres manifestations internationales?
- Louis Bertignac : C'est le premier festival de jam session de la planète! Les musiciens y viennent pour mener ensemble des expérimentations sur scène, conjuguer leurs différence en magnifiant la fraternité. Mon histoire d'amour avec Essaouira a d'ailleurs commencé par un "boeuf" de plusieurs heures, il y a une quinzaine d'années. Arrivé dans la ville au petit matin, je me suis pris une piaule dans une auberge. Je jouais de la guitare sur mon lit, lorsqu'un gars s'est penché par la fenêtre ouverte et m'a dit : "Sais-tu que, sur ce lit, Jimi Hendrix a fait du blues?". On a discuté. Par son intermédiaire, j'ai connu Abdeslam Alikane, devenu, depuis, programmateur du festival. Je ne sais plus si Abdeslam était déjà maâlem à l'époque, mais on a fait une jam inoubliable. Grâce à cette rencontre, un nouveau monde s'est ouvert à moi.

- Quelle évolution avez-vous constaté, au fil de vos trois passages?
- LB : En fait, là, je devais m'associer au maâlem Omar Hayat. Mais, suite à un changement de dernière minute, j'ai appris que j'allais rejouer avec le maâlem Ahmed Bakbou, avec lequel je m'étais produit lors de la première édition, en 1998. C'est ça, Essaouira : l'art de l'improvisation. Cela s'affine chaque année, parce que les artistes apprennent à se connaître, l'organisation s'améliore, chacun prend ses marques.

- Il n'est pas toujours aisé de garder guitare et luth guembri accordés pendant tout le concert. Comment vous en sortez-vous?
- LB : Effectivement, le guembri a tendance à baisser de tonalité. Là encore, l'attitude de chacun évolue. Je prends en considération cet aspect dans mon approche musicale. Et certains maâlems, entre deux morceaux, viennent "chercher les notes" auprès de ma guitare et se remettent en place. C'est le cas d'Ahmed Bakbou et d'Abdeslam Alikane, qui sont des musiciens merveilleux.

- Quels coups de coeurs avez-vous eus, lors de cette 5e édition?
- LB : J'ai découvert des tueurs, comme le batteur Mokhtar Samba et le bassiste Linley Marthe. Le premier soir, avec Bakbou, ils m'ont éclaté. J'ai adoré, aussi, Dimi Mint Abba. Ma rencontre la plus inattendue a eu lieu avec le batteur Jamey Haddad : c'est un maâlem américain!

- Une dernière remarque?
- LB : Je voudrais tirer mon chapeau aux organisatrices. Ce sont des femmes et elles savent instaurer un équilibre étonnant : faire preuve d'efficacité tout en préservant la qualité humaine. Je crois qu'elles sont déterminantes dans la magie de cette manifestation. En plus, elles ont réussi à mettre sur pied un événement culturel gratuit, donc accessible à tous : sûrement le festival le plus passionnant où il m'a été donné de me produire.

Source : RFI Musique.com


Site officiel de Louis Bertignac :
http://www.bertignac.com/

 

par Kinou publié dans : Images et sons
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