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Fati-Rose / Kinou

  

Où l'on parle un peu de moi, de ma princesse berbère, et du Maroc avant tout... Mais pas seulement !




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TEXTE DU JOUR



Le bonheur ne s'écrit pas, il est comme les étoiles filantes :
celui qui ne le voit pas ne le verra jamais.


Hafid Aggoune



Samedi 27 janvier 2007


Faty, j'ai retrouvé à ton attention ce petit poème de Robert Lamoureux, un auteur-humoriste français que tu ne connais pas, bien sûr, et dont même ici les moins de 50 ans ont peu entendus parler, à part les quelques "encore jeunes" fans dans mon genre.

Robert Lamoureux, c'est certes la saga des "7ème compagnie", mais surtout des textes de scène, des chansons et des pièces de théatre drôlissimes. Saltimbanque touche-à-tout, il a absolument tout fait dans le domaine du cinéma et du music-hall. Je l'ai découvert très jeune car mon père avait ( et a toujours ) ses 45 tours originaux des années 50, époque de ses grands succès sur scène.
 


ELOGE DE LA FATIGUE

Vous me dites, Monsieur, que j'ai mauvaise mine,
qu'avec cette vie que je mène, je me ruine,
que l'on ne gagne rien à trop se prodiguer,
vous me dites enfin que je suis fatigué.
Oui, je suis fatigué Monsieur, mais je m'en flatte.
J'ai tout de fatigué: le coeur, la voix, la rate,
je m'endors épuisé, je me réveille las
mais grâce à Dieu, Monsieur, je ne m'en soucie pas.
Et quand je m'en soucie je me ridiculise,
la fatigue souvent n'est qu'une vantardise,
on n'est jamais aussi fatigué qu'on le croit.
Et quand cela serait, n'en a-t-on pas le droit ?
Je ne vous parle pas des tristes lassitudes
qu'on a lorsque le corps harassé d'habitudes
n'a plus pour se mouvoir que de pâles raisons,
lorsqu'on a fait de soi son unique horizon,
lorsqu'on n'a rien à perdre, à vaincre ou à défendre,
cette fatigue-là est mauvaise à entendre,
elle fait le front lourd, l'oeil morne, le dos rond
et vous donne l'aspect d'un vivant moribond.
Mais se sentir plier sous le poids formidable
des vies dont un beau jour on s'est fait responsable,
savoir qu'on a des joies ou des pleurs dans ses mains,
savoir qu'on est l'outil, qu'on est le lendemain,
savoir qu'on est le chef, savoir qu'on est la source,
aider une existence à continuer sa course
et pour cela se battre à s'en user le coeur,
cette fatigue là, Monsieur, c'est du bonheur.
Et sûr qu'à chaque pas, à chaque assaut qu'on livre
on va aider un être à vivre ou à survivre,
et sûr qu'on est le port, et la route, et le gué,
où prendrait-on le droit d'être trop fatigué ?
Ceux qui font de leur vie une belle aventure
marquent chaque victoire en creux sur leur figure,
et quand le malheur vient y mettre un creux de plus,
parmi tant d'autres creux il passe inaperçu.
La fatigue, Monsieur, c'est un prix toujours juste,
c'est le prix d'une journée d'efforts et de luttes,
c'est le prix d'un labour, d'un mur ou d'un exploit,
non pas le prix qu'on paie, mais celui qu'on reçoit.
C'est le prix d'un travail, d'une journée remplie
et c'est la preuve aussi qu'on vit avec la vie.
Quand je rentre la nuit et que ma maison dort
j'écoute mes sommeils et là, je me sens fort,
je me sens tout gonflé de mon humble souffrance
et ma fatigue alors, c'est une récompense.
Et vous me conseillez d'aller me reposer...
Mais si j'acceptais là ce que vous proposez,
si je m'abandonnais à votre douce intrigue,
mais je mourrais, Monsieur, tristement, de fatigue!

par Kinou publié dans : Nos messages
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