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TEXTE DU JOUR



Le bonheur ne s'écrit pas, il est comme les étoiles filantes :
celui qui ne le voit pas ne le verra jamais.


Hafid Aggoune



Mardi 16 janvier 2007


En cherchant tout à fait autre chose ( juré ! ), je suis tombé sur un article que je livre à votre sagacité, car j'ai été à la fois étonné et effrayé par ce que j'ai lu. En même temps, tout ça est tellement vrai ! Mais où va le monde, Dieu me tripote, où va le monde ?

 No sex in the city  Sophie Carquain. Le Figaro. Ingram/PR

Dégoût de l'exhibitionnisme et de la pornographie, absence de désir... Comme le souligne Jean-Philippe de Tonnac, dans La Révolution asexuelle , l'abstinence est un phénomène en hausse chez les trentenaires.

Ils ont entre 25 et 35 ans et n'ont aucune vie sexuelle. Répertoriée depuis
quatre ou cinq ans aux Etats-Unis, taxée de mouvement « non libidoïste » aux
Pays-Bas, l'asexualité commence à faire parler d'elle en France. « Nous sommes
loin des années 90, où, entre les élucubrations d'une Catherine Millet et les
performances de Rocco Sifredi, on professait la frénésie tous azimuts », affirme
le journaliste Jean-Philippe de Tonnac, auteur de La Révolution asexuelle. Un
sondage Ipsos, paru en juin 2004, annonçait déjà la tendance. 25 % des femmes
interrogées et 15 % des hommes déclaraient vivre dans la disette sexuelle. Plus
étonnant : sur cette population d'asexuels, 26 % des sondés indiquaient que ne
pas faire l'amour pendant plusieurs mois leur était indifférent... «
L'asexualité est une réaction défensive face au terrorisme du tout-sexuel »,
explique Jean-Philippe de Tonnac.
Comme le souligne un pasteur interviewé dans son livre : « Le sexe n'est plus
tabou, il est devenu totem. Il est passé du secret à l'exhibition. » De fait,
des millions d'images pornographiques circulent chaque jour sur Internet et un
adolescent sur trois en aurait déjà vu. Face à cette surexposition érotique et
la quasi-disparition des interdits, quid du désir ? « Le désir a toujours à voir
avec une certaine impossibilité du désir, philosophe Jean-Philippe de Tonnac.
Or, cette débauche d'images offertes ne fait que l'éteindre. » Autre effet
pervers : la fameuse « tyrannie du plaisir » (selon le titre d'un livre de
Jean-Claude Guillebaud), qui a transformé « le libre accès au plaisir [...] en
injonction au plaisir ». D'où les inhibitions, voire cette « réaction intégriste
antisexe », souligne Jean-Philippe de Tonnac.
Porte-parole de cette frange « hard » des asexuels : David Jay, jeune Américain
de 24 ans. Sur son site Aven, la A-Pride Attitude (attitude de la fierté
asexuelle) suscite des milliers de commentaires. Son slogan ? « L'asexualité ne
concerne pas que les amibes. » « David Jay professe une absence totale de désir,
donc une chasteté volontaire et non subie », explique le journaliste. Fait
nouveau : les hommes revendiquent désormais le « droit à la migraine » et, plus
encore, à l'abstinence. Ils commencent même à s'épancher sur le divan des psys.


Réaction de panique


Le psychiatre et psychanalyste J.-D. Nasio s'étonne, depuis peu, de voir arriver
de jeunes patients encore vierges à 30 ou 33 ans : « En quarante ans de
pratique, je n'ai jamais vu ça. Ces hommes sont beaux, intelligents, bien
insérés socialement... Mais la seule perspective de faire l'amour avec une femme
déclenche chez eux une réaction de panique. » Première cause de leur angoisse :
la crainte d'être raillés pour leur physique (peur exclusivement féminine il y a
peu), sans doute héritée de l'obsession féminine de l'apparence. « Aux yeux des
hommes, les femmes sont devenues trop exigeantes et agressives sur le plan
sexuel », analyse la psychanalyste Hélène Vecchiali dans Ainsi soient-ils
(Calmann-Lévy). Or l'homme - de loin le plus fragile sexuellement, tout du moins
au début d'une relation amoureuse - a besoin de se sentir en confiance,
accueilli. Deuxième motif d'anxiété, l'obligation de réussite, ce culte de la
performance qui transcende tous les aspects de la vie en société.
Sur le plan sexuel, cette exigence d'excellence est alimentée par les films
pornographiques : « Les relations conjugales sont tellement éphémères que le
premier rapport sexuel est devenu une sorte d'« épreuve du feu », analyse
Philippe de Tonnac. Avant, on se donnait le temps de se connaître, de
s'apprécier. Aujourd'hui, on passe tout de suite à l'acte. » Résultat ? Une
grosse pression au creux du lit, qui peut conduire les hommes à la déconfiture,
puis à la fuite à répétition... C'est particulièrement vrai chez les jeunes. «
Logique, analyse J.-D. Nasio. Ils sont les enfants de la génération 68, celle,
précisément, qui a proclamé l'ultraliberté sexuelle. Pour la plupart élevés par
un père absent, ils ont, a contrario, vécu avec une mère toute-puissante. »
OEdipe, es-tu là ? Apparemment oui. Hélène Vecchiali confirme : «
Inconsciemment, cette femme exigeante et toute-puissante qu'ils redoutent
aujourd'hui leur rappelle la première femme de leur vie, leur mère, qui elle
aussi leur demandait des comptes. » D'où le malaise. Et les stratégies
d'évitement.


Symptomatique d'un profond malaise


Certains s'investissent à corps perdu dans le travail, d'autres passent des
heures sur Internet à chercher la perle rare... « Or, s'enflamme Jean-Philippe
de Tonnac, les sites de rencontres sont un mensonge total. Sur le Net, il ne
s'agit pas de rencontrer l'autre dans sa réalité, mais de construire un
fantasme. » J.-D. Nasio renchérit : « Sur Internet, l'autre est désincarné,
imaginé, recréé de toutes pièces pour ressembler à ce que l'on veut voir... La
partie se joue alors « de soi à soi ». Ces sites isolent de l'autre, au lieu de
permettre la rencontre. » De là à imaginer l'avènement d'une société onaniste,
il n'y a qu'un pas, que Jean-Philippe de Tonnac n'hésite pas à franchir : « La
tendance aux « sex toys » n'est pas arrivée par hasard. L'objet est sorti de
l'infamie... »
Les femmes seraient-elles donc, elles aussi, frappées par cette anorexie
sexuelle ? Comme l'avoue une jeune trentenaire dans le livre de David Fontaine :
« Le désir s'éteint de lui-même. Moins on fait l'amour, moins on a envie de le
faire. Ce n'est pas si grave. » Mais pas anodin non plus. Plutôt symptomatique
d'un profond malaise. Pour le combattre, Jean-Philippe de Tonnac suggère de
remonter le temps : pourquoi ne pas redécouvrir les rituels, le marivaudage,
l'attention ? « L'amour, c'est d'abord des joues qui s'empourprent, de la
pudeur, du secret... Au Moyen Age, on parlait de « fin amor », d'« amour
courtois ». Aujourd'hui, on met la charrue avant les boeufs, c'est-à-dire
l'objet du désir avant le désir lui-même. Ce qui revient, in fine, à signer la
mort de la sexualité. »
Pas très réjouissant... « S'ils tiennent à la sexualité, hommes et femmes
doivent y mettre du leur, encourage Hélène Vecchiali. L'asexualité d'aujourd'hui
est le signe d'un défaut de la « différence » entre le masculin et le féminin.
Elle pâtit de cette obsession du « tout-pareil ». Autrement dit, les femmes
revendiquent l'égalité avec les hommes sur le plan professionnel et social, mais
gare à ne pas courir après la similitude. Si hommes et femmes se noient dans
cette illusion de similitude, la sexualité est en péril. »

par Kinou publié dans : Humeurs
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